Se relâcher, s’enraciner, et improviser – partie 2

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Partie 1 : Lien

Maintenant que l’on a la sensation de notre corps relâché, le poids de notre corps unifié, il nous faut la brancher à une source de stabilité. Nous pouvons travailler ça avec l’enracinement. J’essaye avec ces articles d’apporter à chaque fois quelque chose de nouveau sur certains concepts. Si la pratique de l’enracinement vous intéresse après votre lecture, je vous invite à vous procurer le manuel de pratique du WCS, DK Chamjang Gong Méthode d’entrainement complète, ou bien à regarder un des cours gratuits sur le site concernant l’enracinement.

Il existe plusieurs concepts d’enracinement. WingChun, Lutte, Judo travaillent l’enracinement de façon très physique. Dans les arts plus traditionnels comme le taichi ou le qi gong, on va travailler cet enracinement de façon énergétique. On parle alors souvent d’un travail de l’enracinement qui serait bénéfique à la santé.

Mais on retrouve également ce concept en hypnose, ou en sophrologie, où l’enracinement devient alors une ancre mentale, pour ne pas se perdre autant mentalement qu’émotionnellement dans son échange avec le patient. On parle alors souvent d’ancrage.

Est ce que la pratique de l’enracinement est uniquement physique et biomécanique ? Est ce qu’elle ne se travaille que par l’énergétique ? Et est elle une pratique réservée aux artistes martiaux ? Essayons de démêler ça simplement.

 

L’enracinement est-il utile et entrainable uniquement dans les arts martiaux ?

Evidemment non. Allez voir un rugbyman qui n’a jamais fait d’arts martiaux, et essayez de le pousser. Il va savoir s’enraciner. Bien sur, c’est difficile à admettre pour un artiste martial qui a peaufiné sa technique seul dans son coin pendant des années, mais ce concept d’enracinement est parfois acquis et utilisé de façon inconsciente par les gens. En fait, l’enracinement est utilisé par tout le monde, tout le temps, si on prends sa définition la plus basique qui est de : « se connecter à la terre ». Tout le monde par la gravité est connecté à la terre. Tout le monde utilise inconsciemment la stabilité du sol pour se dresser contre la gravité, bouger, pousser, sauter, courir, etc… Parfois avec plus ou moins de réussite ! Il est donc futile de défendre à couteaux tirés « son » enracinement, sa méthode, sa façon de faire alors que nous utilisons tous cette même source d’énergie, la terre et sa stabilité.

 

Alors comment prendre conscience de son enracinement ?

Si l’enracinement est bien un processus inné, ce n’est pas un processus maitrisé par tous. L’entrainement de l’enracinement est tellement simple qu’il en est difficile à maitriser. Ces dernières années, en échangeant avec des artistes martiaux, j’ai constaté qu’il était très facile de se croire enraciné. C’est encore plus simple lorsqu’on se limite à un échange au niveau mental sur l’enracinement (qui a la meilleure méthode etc..). Or la vérification de son état d’enracinement est extrêmement simple peu importe notre passif (artiste martial, énergéticien, ou thérapeute).

Observons la nature. Comment la nature teste elle l’enracinement d’un arbre ?

 

En soufflant dessus. En lui appliquant une pression « physique ». Certains arbres tiennent leur enracinement, d’autres non. Nous avons la possibilité de reproduire le même exercice pour tester notre enracinement. Alors bien sur, sans souffler, mais en poussant, en appliquant une pression progressive externe sur le pratiquant enraciné.

Le pratiquant s’enracine et redirige les forces de pression externes dans le sol. On augmente la pression progressivement jusqu’au moment où le pratiquant se déracine. Il saura alors quelle quantité de pression il arrive à rediriger dans le sol avant de se déraciner. Ou encore il pourra identifier où son corps se met en tension et emmagasine l’énergie externe au lieu de la relayer vers le sol.

Cet exercice physique nous permet de sentir et de prendre conscience instantanément du travail que l’on aura à effectuer pour s’améliorer.

Pour un débutant complet, l’attention sera portée aux sensations de pression qu’il sentira sous ses pieds et essayera de s’équilibrer sous la pression grâce à ses appuis tout en essayant de maintenir un niveau de relaxation suffisant. Il essayera de sentir le chemin qu’emprunte l’énergie depuis la poussée, jusque dans le sol et laissera son corps s’adapter en confiance. Il équilibrera sa réponse et fera attention à ne pas être trop tendu (facilement déracinable), ou trop relâché (facilement débordable). Il apprendra à réfléchir par le corps et non plus par la tête.

Un pratiquant avancé devra s’adapter le plus rapidement possible à la pression externe, et nullifier complètement la sensation de pression. Si on réfléchit en terme de territoire, il rétablit en douceur mais instantanément la frontière. Il reste néanmoins tout à fait sensible à l’information de pression qu’il reçoit. Il reste ainsi pleinement connecté à l’autre, va pouvoir sentir à la fois son enracinement, mais également celui de « l’attaquant ». On ne sait plus qui pousse l’autre.

 

Alors ce n’est qu’un exercice physique ?

Non, mais le travailler par le physique reste le moyen le plus sûr et le plus simple de vérifier sa progression. Non seulement un travail régulier permettra de développer ses capacités physiques, renforcer son corps profond (muscles posturaux, tendons, ligaments) mais aussi de mieux sentir l’union interne de son corps, notamment grâce à l’interconnexion myo-fasciale du corps, ce qui participera à une meilleure connexion physique à autrui, et une capacité d’adaptation quasi instantanée.

Ceci étant, la tension physique est souvent l’ennemi juré de la relaxation et donc par conséquent de l’enracinement. La principale source de tension physique durable est le stress et la peur. La peur a des répercussions directes sur le corps, et le stress n’est qu’une version plus subtile de la peur. (attention la peur reste utile car elle est une énergie qui va pousser à la réaction, le stress latent est plus dommageable pour le corps. Se « couper » de ses peurs n’est pas une solution viable).

Donc après avoir maitrisé la partie physique de l’enracinement, il va falloir travailler la partie invisible de l’enracinement à savoir la gestion de son mental et de ses émotions, sans s’en couper. Et nous entrons dans l’enracinement au quotidien. C’est aussi ce qu’on appelle se centrer.

Nous parvenons à vivre enracinés physiquement dans notre quotidien. Très bien, mais dans tous nos échanges du quotidien, très peu sont physiques. 

Chaque fois que vous êtes stressé, que vous avez peur, que vous vous énervez, etc, que vous devenez votre peur, que vous devenez vos émotions, vous perdez cette connexion profonde avec vous même et les autres que représente l’enracinement. Evoluer dans son enracinement physique demandera toujours d’évoluer sur les plans émotionnels et mentaux, qui sont parfois plus complexes à stabiliser. Néanmoins, en travaillant sur soi, en alignant les corps mental, émotionnels et physique et surtout en les testant physiquement, nous pouvons prendre confiance dans notre enracinement, notre ancrage, notre capacité à rester soi même et ouvert sur les autres.

 

Et l’énergétique dans tout ça ?

Peut-on travailler l’enracinement de façon uniquement énergétique ?

Les « conséquences énergétiques » de l’enracinement sont indéniables, même en les regardant à un niveau très basique. Meilleure gestion de sa tension physique, donc meilleure utilisation musculaire, donc meilleure gestion de l’oxygénation, donc in fine plus d’énergie. Si on souhaite progresser en profondeur, cela va nécessiter un travail sur soi, invisible (mental, émotionnel). Nous pouvons y parvenir de plusieurs façons, déjà en développant un minimum de recul sur son égo et son quotidien.

Tout cela participe au développement de « son » capital énergie (sa vitalité). 

Mais le travail énergétique c’est d’abord celui de l’ouverture de conscience, qui va permettre de s’ouvrir à une réalité différente, puis de la vivre, et de la partager. C’est parfois difficile et challengeant, mais c’est là qu’on évolue. Le travail énergétique tel que souvent pratiqué ne permet que rarement d’ouvrir sa conscience, mais plutôt de réparer le « capital énergie » du pratiquant ou obtenir des « pouvoirs ».

Commençons par nous enraciner de façon honnête, ouvrons nous à des prises de consciences plus grandes que nos égos et le travail énergétique en découlera naturellement sans besoin d’intervention particulière de notre part.

Découvrez la première vidéo du cours sur l’enracinement, la suite est disponible ici.

Exercice

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